En juin 2025, j’ai marché sur le Larzac, dans les pas de la lutte qui a vu s’affronter pendant dix ans, de 1971 à 1981, une poignée de paysans et citoyens de tout horizon, l’armée et le gouvernement. Six jours d’itinérance sur le GR71D au cœur d’un paysage façonné par la tradition agropastorale, les fermes caussenardes et les forteresses templières et hospitalières.
| LA LUTTE
Au début des années 70, peu après la mort du Général de Gaulle, le gouvernement annonce l’extension du camp militaire de la Cavalerie. Une extension considérable puisque la zone créée en 1902 allait passer de 3 000 à 17 000 hectares. Cette opération nécessitait l’expropriation d’une centaine d’exploitations et la démolition de hameaux.
Cette décision, les habitants du plateau l’apprendront par la télévision. Pour parler de ces terres, le gouvernement évoque alors une terre aride où vit de façon moyenâgeuse, une poignée de vieux paysans.
Durant 10 ans, une lutte non violente et une résistance s’organisent avec des soutiens venus de tous les horizons (c’est d’ailleurs à cette époque que José Bové, figure de cette lutte, arrive en tant qu’objecteur de conscience).
De nombreuses actions symboliques sont mises en œuvre comme : l’achat de terres, la construction illégale d’une bergerie à la Blaquière, l’occupation de fermes achetées par l’armée, la célèbre Marche sur Paris, le jeûne… qui ont attiré l’attention du pays. En1981, la victoire est enfin acquise grâce au respect d’une promesse électorale de François Mitterrand. Le projet d’extension militaire est abandonné.
Le Larzac a résisté.
| 1971-1981
28 octobre 1971: Annonce du projet d’extension du camp. 6 novembre 1971: Première manifestation d’envergure à Millau 19-28 mars 1972: Jeûne de Lanza del Vasto, qui dirige la Communauté de l’Arche. 28 mars 1972: « Serment des 103 » 25 octobre 1972: Lâcher de brebis sous la tour Eiffel. 7-13 janvier 1973: Première marche sur Paris. 10 juin 1973: Pose de la première pierre de la bergerie illégale de la Blaquière. 25-26 août 1973: Premier rassemblement au Rajal del Guorp, sur le plateau du Larzac. 22 décembre 1974: Création d’une coordination nationale des comités Larzac. 9-10 mars 1975: Attentat à la bombe à La Blaquière 6 juin 1975: Parution du premier numéro du journal « Gardarèm lo Larzac ». 8 octobre-2 décembre 1978: Deuxième marche sur Paris. 27 novembre 1980: Installation de plusieurs familles du Larzac sous la tour Eiffel. 3 juin 1981: Annonce de l’abandon du projet par le président de la République François Mitterrand, en Conseil des Ministres.
| DANS LES PAS DE LA LUTTE
En 1998, de passage dans le Larzac depuis les Cévennes, je découvre le Larzac par la départementale qui le traverse. Du Larzac, j’avais des images de mon enfance. Des photos en noir et blanc de Woodstock à la française, de tracteurs, de banderoles et de manifestations dans les champs. Les grands espaces d’une part et de l’autre de la départementale m’avaient fasciné. Il faut dire qu’il a des airs de Far West, ce paysage aride, émaillé de rochers ruiniformes.
Retourner sur le Larzac m’a pris plus de 25 ans. Fin 2024, je tombe par hasard sur une superbe BD : « Larzac, histoire d’une résistance paysanne » de Sébastien Verdier (dessin) et Pierre-Marie Terral (scénario). Dans la foulée, je visionne « Tous au Larzac » et ni une, ni deux, je décide de partir en juin 2025 sur le GR71D, « le Tour du Larzac » à la recherche des lieux et des acteurs emblématiques de la lutte. Pierre-Marie Terral, me communique les contacts nécessaires. Je passe pas mal de temps à collecter le plus possible d’informations sur les événements. La carte se dessine peu à peu, d’hameau en hameau, nous irions au devant de l’histoire de cette lutte non violente et rencontrer au fil des pas, les lieux emblématiques de la lutte, les figures historiques et les acteurs qui font vivre ce paysage aujourd’hui. En chemin, j’enregistrerai un podcast.
| LA CARTE
| L’ITINERAIRE |
-120 km, D+/- 2500 m- au départ de Millau sur le GR71D ( GR736 St Geniez-de-Bertrand / Millau)
ETAPE 1 MILLAU / LE CUN DU LARZAC 16KM D +565M
ETAPE 2 LE CUN DU LARZAC/ NANT 24 KM D+341M
ETAPE 3 NANT/ LA COUVERTOIRADE 17KM D+512M
ETAPE 4 LA COUVERTOIRADE/LA CAVALERIE 25KM D +374M
ETAPE 5 LA CAVALERIE/SAINT GENIEZ DE BERTRAND 21 KM D+ 240M
ETAPE 6 SAINT GENIEZ DE BERTRAND / MILLAU 13 KM D+ 400 M
ETAPE 1 MILLAU / LE CUN DU LARZAC 16KM D +565M
8 heures, la météo annonce une canicule pour notre périple de 6 jours et plus de 120 km sur le Larzac. Pour nos premiers pas, on traverse le Tarn. Derrière nous, Millau, devant nous, plus haut, le plateau du Larzac qui nous toise depuis ses falaises.
Un peu plus loin, en passant devant le Mac Do, nous avons une pensée pour ce jour de 1999 où José Bové ( accompagné de plus de 200 personnes) a démantelé le fast-food ( qui était encore en construction). Cette image forte du gaulois à Moustache bravant l’occupant a marqué les esprits. Quatre ans plus tard, le Larzac fédérait une foule immense contre les OGM dans un rassemblement festif dans la grande tradition des manifestations de la lutte des années 70 sur le plateau.
Il fait déjà très chaud et la montée est éprouvante, 4 km pour 400 de D+. Au bout d’une petite heure, le plateau se déplie devant nous. Au Pas d’Estrech la vue sur Millau est sublime.
C’est le début de notre périple, nous progressons sur un sentier en balcon qui serpente sur les corniches. A un virage, nous découvrons, perchés sur un rocher, un couple de vautours.
Nous passons au large de l’Hôpital du Larzac. Sur ce site, quelques préfabriqués avait été installé à la hâte pour créer une école, celle de la lutte. Faute d’élèves, l’établissement a été fermé en 2018 ( il ne restait plus que 8 élèves dans une classe unique).
Plus loin, nous ne ferons pas le détour jusqu’à la Jasse du Larzac. Cette boutique de paysans et d’artisans locaux, ancienne bergerie au toit de Lauzes au bord de la RD809 est gérée par les producteurs du plateau. Malheureusement, ce jour-là, il n’avait pas été possible de programmer une visite, l’heure étant à l’installation des produits avant l’ouverture la semaine suivante.
Il est dix heures, la chaleur est écrasante. Le petit tronçon de route qui amène à Potensac est éprouvant. Potensac fut le siège du journal mensuel « Gardarem lo Larzac », publié dès 1975 par les paysans du Larzac et qui comptait en 1979, 4000 abonnés. Malgré la chaleur, je prends un peu de temps pour visiter le hameau. Un peu pressé par le programme chargé qui nous attends, je quitte à regret les fermes caussenardes. Mais nous devons continuer pour rejoindre St Martin-du-Larzac ou Michèle Vincent nous attends. Elle m’avait dit qu’elle n’était disponible que de midi à treize heures et il déjà onze heures, pressons le pas.
A Potensac, on découvre notre première buissière, ces allées de buis, véritables arches végétales qui protégeaient troupeaux et bergers des vents, du froid et des congères en hiver. Le buis est un élément majeur du Causse. Pour que cette haie de buis formant une voute puisse prendre forme, il a fallu beaucoup de temps, au point qu’au XIXe siècle, l’arrachage du buis en était interdit et la coupe sévèrement réglementée, car il faut trois siècles pour que les haies prennent cette forme. Les buissières étaient, toujours situés à proximité d’une ferme ou d’un hameau servant comme un vestibule, un axe de dégagement. Elles contournaient les secteurs cultivés et se superposaient souvent aux courbes de niveau. Elles donnaient accès au bois voisin et pouvaient réunir deux hameaux ou villages, sur des kilomètres.
La dernière ligne droite sur une draille bordée de murets semble interminable, le soleil est accablant, on aperçoit enfin le clocher de Saint-Martin-du-Larzac. J’avais lu que celui-ci devait, si l’extension avait été effectuée, servir de cible aux canons. Une magnifique buissière nous mène à l’église. Nous apprécions la fraicheur de l’édifice. Il y a là, posé sur une table, une petite librairie consacrée à la lutte. On pose les sacs et nous visitons le petit et joli cimetière. Sur les tombes, je reconnais les noms de ceux qui ont mené la lutte, Guy Tarlier et sa femme Marizette, Pierre Burguière, …
Michèle nous rejoint. Libraire à Paris dans les années 70, Millavoise, elle rejoint le comité Larzac parisien en 1973. Une fois par mois, avec des camarades, elle quitte Paris en 4 L pour douze heures de route vers le Larzac. Personnage emblématique de la lutte, elle est évoquée ( sur deux pages me dit-elle non sans fierté) dans le BD » Larzac, histoire d’une résistance paysanne ») et intervient dans le documentaire « Tous au Larzac ».
Elle a invité Thomas, paysan sur le Larzac depuis 1985. On bouge les bancs de l’église pour improviser un temps d’échange. Thomas Lesay est éleveur de brebis laitières sur le plateau du Larzac depuis 2004. Faucheur volontaire d’OGM (depuis 2004) et rédacteur au Gardarem lo Larzac. Je pose mes micros cravate mais le son est très altéré, la réverbération de l’église altère la qualité . Je vous conseille néanmoins de monter le volume car ce premier échange autour de la lutte a été riche en informations et anecdotes. Thomas nous détaille le fonctionnement de la SCTL (Société civile des terres du Larzac) et du GFA ( Groupement Foncier Agricole) qui gèrent les terres du Larzac qui avaient été expropriées ( 3000 hectares).
Après la lutte, l’Etat décide de mettre à disposition les terres du Larzac aux paysans et habitants du plateau : la Société Civile des Terres du Larzac (S.C.T.L) est créée pour gérer collectivement ces parcelles. Le champ des possibles s’ouvre : des jeunes agriculteurs cherchant à s’installer peuvent se voir attribuer une exploitation à des prix abordables. La seule condition : devoir rendre la ferme à sa retraite pour laisser la place à d’autres.
Il détaille également les nombreuses initiatives autour de la gestion du bois, du photovoltaïque et des soins vétérinaires. Le Larzac est aujourd’hui, plus que jamais, un laboratoire vivant de solutions collectives. Plus d’informations sur le fonctionnement et l’historique de la SCTL : https://institutmomentum.org/le-larzac-d-une-lutte-exemplaire-a-un-modele-pour-l-avenir
Avant de quitter le hameau, Michèle nous invite à boire un coup. Elle a acquis et rénové l’ancienne école du Larzac. Face au sirop de châtaigne, elle nous raconte la montée des marches à Cannes de toute l’équipe de « Tous au Larzac ». Le périple sur le Larzac débute à peine et nous prenons conscience que l’aventure sera incroyable d’authenticité, de partage et de découvertes.
En sortant du hameau en direction de notre étape du jour, l’éco camping du Larzac ( Le Cun). On découvre sur le mur de la Jasse ( bergerie) une exposition de photos en noir et blanc de la lutte, on y a aperçoit, entre autres, la construction de la Bergerie de la Blaquière, la marche sur Paris. Sur un cliché, on reconnaît le jeune José Bové.
Il reste un peu plus d’un kilomètre pour rejoindre Le Cun. Nous nous arrêtons à la ferme troglodytique des Baumes (de Balma : Grotte). L’auvent rocheux qui domine le hameau a été partiellement muré pour servir de résidence sans doute dès le XVIe siècle .Cet abri troglodytique fut fortifié durant les premières guerres de religion, dès la deuxième moitié du XVIe siècle. Des aménagements défensifs comme les meurtrières sont aménagés, vers 1560. L’ensemble constitue une forciae : refuge où les habitants allaient se mettre à l’abri lors des passages des malfaiteurs et des « gens de guerre » .
Nous arrivons enfin à Le Cun, au terme de cette première étape qui s’est révélée épuisante ( alors qu’elle affiche la plus petite distance du parcours !). Nous progressons au milieu des pins, des chênes et des buis pour rejoindre notre hutte dans l‘Eco-camping qui, sur 2 hectares propose des emplacements et des logements atypiques simplement délimitées par la végétation. Dans ce hameau, quatre objecteurs de conscience insoumis au service civil avaient décidé de venir y vivre, occupant illégalement une maison appartenant à l’armée, et de faire vivre un lieu alternatif, un lieu d’objection politique et sociale cohérente, autour de deux axes : un lieu-ressource pour la non-violence, et une vie écologique et communautaire. Pendant longtemps, il a été un lieu de recherche et de formation sur les différentes formes de défense non-violente. Le lieu est aujourd’hui géré par une association.
Le GR71 D traverse le camping. De-ci, de-là, des tables, des hamacs invitent au repos. Il est 14 heures, nous prenons le temps de nous reposer. Léon Maillé, figure du Larzac , 80 ans, passe nous chercher à 17 heures pour rejoindre le hameau de la Blaquières pour explorer la bergerie illégale et partager la grande histoire ( et les petites) de la lutte.
Nous voilà dans la voiture de Léon. J’ai mille questions à lui poser. Il est un des seuls survivant du serment des 103, cet engagement signé par les paysans à ne jamais céder à l’armée ses terres. Il est la mémoire de la lutte, il a vécu mille vies sur le plateau, incarcéré plusieurs fois, il est un des compagnons de route de José Bové. Personnage truculent, qu’on découvre largement dans « Tous au Larzac », Léon est intarissable. On débute ce que Léon appelle « son petit tour » par la visite du hameau de la Blaquière. Ce hameau a été le centre névralgique de la lutte. C’est ici qu’a été construit la bergerie du Larzac, c’est ici aussi qu’a lieu un attentat à la bombe, ici encore que Mitterrand en visite sur le rassemblement de 1974 a été soigné après avoir été malmené (il ne sera pas rancunier, après son élection, il tiendra sa promesse électorale de mettre fin à l’extension le 03 juin 1981, quelques jours après son élection).
La Blaquière a constitué la première action concrète des Comités Larzac. Située sur le périmètre d’extension du camp, une bergerie illégale y fut construite entre 1973 et 1974, grâce à l’argent du «refus d’impôt» récolté auprès des antimilitaristes. Des centaines de jeunes volontaires, tous objecteurs de conscience (pour les hommes), sont venus donner un coup de main pour l’édification de cette «cathédrale du Larzac».
» Le 10 juin 1973, 3000 personnes participent à la pose de la première pierre de la bergerie baptisée alors « bergerie-reproche ». » Ses pierres sont chargées de messages, ou de clin d’œil que Léon nous détaille, un régal que d’écouter Léon qui nous dresse le portrait de cette communauté qui vivait là et travaillait sous le regard parfois désabusé, amusé et septique du maçon qui était en charge du chantier.
Avant de quitter la Blaquière, nous grimpons le rocher de petit plume. En mai 1973, en soutien des paysans du Larzac, l’actrice d’origine indienne « Petite plume » ( c’est elle qui récupéré l’Oscar de Marlon Brando qui par ce geste, s’opposait au traitement réservé aux Amérindiens) s’était rendue à la Blaquière, du haut de ce rocher, elle avait pu contempler ces grands espaces qui lui évoquait ses terres. De là-haut, le panorama est splendide, le Larzac, plus que jamais, m’apparaît comme une terre sauvage pour laquelle on s’est battus.
Léon nous emmène ensuite à la ferme des Truels. Haut-lieu de la lutte, abandonné dans les années 50 puis vendu à l’armée et occupé pendant la lutte par la Communauté de l’Arche. La ferme des Truels produit aujourd’hui des fromages de brebis, de chèvre ainsi que du pain. Pour la dernière étape de ce mini road-trip de Léon, nous débarquons soudainement en terre Kanak !
« Bienvenue en terre Kanak« . Quelques mots gravés sur un panneau de bois marque l’entrée d’un petit bout de terre, symboliquement offert par les paysans du Larzac à leurs amis indépendantistes Kanaks. »
En 1989, une Caselle est construite à la mémoire de Jean-Marie Tjibaou, leaders politique non violent défendant l’identité kanak assassiné le 04 mai 1989.
Nous quittons Léon à regret. Il est 19 heures et nous avons un autre rendez-vous. J’avais préparé ce périple pendant plusieurs semaines et lors d’un échange de mail, Anne m’avait proposé une rencontre qu’elle avait cité comme singulière et susceptible d’apporter un regard différent sur la lutte.
Renaud et sa compagne sont paysans sur le Larzac. Installés depuis 20 ans au bord du plateau, au Mas de Bru, ils pratiquent un élevage BIO. Né en 1967, Renaud était enfant pendant la lutte et, comme il le dit lui-même dans les premiers mot de notre échange du « mauvais côté ». Ses parents, face à la difficulté d’exploiter leur ferme avaient décidé de vendre à l’armée pour prendre un nouveau départ du côté de Saint Affrique, toujours en Aveyron. A cette époque, il n’y avait pas d’eau courante et les conditions de vie étaient très rudes. L’extension militaire nécessitait 107 expropriations, 103 paysans s’étaient engagés par serment à ne jamais vendre leurs terres. On imagine facilement le sentiment d’isolement des parents de Renaud face à la mobilisation de la lutte qui amenait sur le plateau une foule de militants de tout bord.(Nous nous rendrons compte par la suite, que sa ferme, le Mas de Bru est à proximité de la ferme des Truels, haut-lieu de la non-violence habitée par une large communauté pendant la lutte et après).
Renaud nous partage ce dont il se souvient : des ramassages scolaires annulés, des actions de grève de la faim où certains s’enchaîneront sur le portail de l’exploitation…. Nous réalisons avec lui, que la lutte, c’est aussi, le récit d’une victoire. Au-delà, du mythe, il y a eu aussi, ceux qui ont souffert d’être mis au ban. Car après l’annonce de la fin de l’extension, la lutte a continué sous différentes formes ( SCTL, GFA…) et le sentiment d’exclusion ne s’est pas arrêté soudainement le 03 juin 1981. L’échange est passionnant, touchant car nous réalisons combien il a dû être difficile d’être un enfant au milieu de ce combat qui a duré une décennie. Je n’ai pas posé les micros, je ne peux que tenter d’évoquer cet homme qui vit avec ses souvenirs, ses ressentis. Récit de pertes, de défaites, de non-dits d’une famille, de transmission, d’attachement à la terre, l’histoire de ceux qui n’ont pas suivi le mouvement a marqué à jamais les siens et le paysan qu’il est.
Nous nous séparons, avec une promesse, celle de mentionner cet échange car ce n’est pas la première fois que Renaud est interviewé, il l’a déjà été longuement et par des journalistes de renom mais rien n’a jamais été publié. Le mythe ne doit pas être écorné, l’histoire est trop belle.
ETAPE 2 LE CUN DU LARZAC/ NANT 24 KM D+341M
Face à la chaleur, nous quittons à regret, l’éco camping dès l’aube. L’étape s’annonce plutôt longue et nous avons rendez-vous à neuf heures à Montredon, avec Christian Roqueirol. Objecteur de conscience, il participe à un tour de France à vélo (1 800 Km, avec meeting tous les soirs) qui se termine en août 1974… sur le Larzac. Il y prend des contacts, et repart. Grand lecteur de ‘Charlie Hebdo’ et de ‘La gueule ouverte’, il apprend dans ce journal qu’une ferme est occupée sur le Larzac et qu’il y a de la maçonnerie à y faire. Il s’y présente en mai 1975. Pendant l’été, il rencontre d’autres objecteurs qui projettent de squatter une autre ferme pour y installer un centre de réflexion sur la non-violence. Il sera de cette aventure-là et de bien d’autres qui vont suivre. Christian Roqueirol finira par s’installer paysan sur le Larzac à Saint-Sauveur.
Nous arrivons à Montredon, un peu avant neuf heures après deux petites heures de marche le long de chemin forestier bordés de pins. Le GR est sublime, nous arpentons des paysages sauvages, des étendus immenses, l’immersion est complète, l’aventure totale.
Montredon est un magnifique hameau de pierres aux toits de Lauze qui occupait une position stratégique face aux expropriations. Ce véritable point de convergence de la lutte accueille, depuis plus de 30 ans, tous les mercredis en été ( à partir de 18 heures) un marché paysan. Au programme, pique-nique sur l’herbe et rencontres ( vous y croiserez Léon, Christian et parfois José Bové qui s’est installé ici en 1976). Fruits, fromages, grillades, bières, pain, pizzas au feu de bois, produits en bio ou en agriculture raisonnée. Après le pique-nique, on guinche, on chante ou on refait le monde selon l’animation du jour ! C’est également l’occasion de découvrir la librairie militante du Larzac : « La Brebis qui lit ». Installée dans une bergerie ( que l’on aperçoit depuis la table communale sur laquelle nous nous sommes posés), elle est animée par des bénévoles ( dont Michèle rencontrée à St Martin et Solveig qui nous recevra à La Couvertoirade).
En 1975 et 1976, deux familles et une association d’éducation populaire (Larzac-Université) s’installent à Montredon. Un élevage de brebis et un élevage de chèvres se développent malgré une situation très précaire et des affrontements réguliers avec l’armée qui veut y manœuvrer. En 1981, l’abandon du projet d’extension du camp militaire permet l’installation de nouveaux habitants, avec la remise en état des maisons, puis l’arrivée du téléphone, de l’eau, de l’électricité et le remplacement des chemins par des routes. Aujourd’hui, Montredon abrite huit habitations permanentes où vivent au total 16 personnes. L’association de Montredon fondée en 1988 par les habitants et les vacanciers assure la remise en valeur et l’entretien du patrimoine collectif. Il y a également un gîte qui reçoit les randonneurs ( notamment sur du GR71D qui ont fait le choix depuis Millau de rejoindre Montredon, nous concernant, j’ai préféré scinder l’étape d’autant plus que j’avais programmé des rencontres à La Blaquière et à Le Cun).
Nous voilà donc attablé avec Christian, à l’ombre. Face à nous, le champ qui accueille le marché paysan. Cette fois-ci, j’allume les micros. Je vous invite à écouter cet échange qui évoque la lutte, le Larzac d’aujourd’hui et l’âme militante de ce territoire. Christian est absolument passionnant à écouter. Michèle, Léon, Renaud, Christian… Le Larzac se dévoile au fil des mots, au fil des pas.
Nous quittons Montredon et nous promettons de revenir en été pour le fameux marché paysan. En chemin, nous croisons la Ferme des Homs. Les Homs, historiquement « homps », ce sont les ormeaux en occitan. Ces arbres peuplaient autrefois les terres de cette ferme caussenarde traditionnelle, dédiée comme toutes les fermes du plateau à l’élevage des brebis. Abandonnée au milieu XXème du siècle, la ferme a repris vie pendant la lutte. Elle est aujourd’hui, au même titre qu’une soixantaines d’autres fermes gérée par la Société Civile des Terres du Larzac ( SCTL) et par le Groupement Foncier Agricole ( GFA) du Larzac, structures crées durant et suite à la lutte ( Cf : les interviews de Thomas et Christian).
Sur ce site ( qui comporte 40 hectares), un hectare est consacré aux aromatiques : différentes thym, romarin, lavande, roses, sarriette, origan, hysope, menthe, mélisse, sauge, estragon, hélichryse, fenouil, angélique, camomille, marjolaine, verveine, basilic, souci, bleuet….Les plantes aromatiques cultivées aux Homs supportent le rude environnement du Larzac : sol calcaire pauvre, hivers froids et sècheresse l’été. Ces conditions permettent de produire des plantes très riches, à forte puissance aromatique, en stimulant la production des huiles essentielles. Leur jolie boutique commercialise tisanes, sels et vinaigres aromatisés, apéritifs et spiritueux, huiles essentielles et hydrolats…
Il est presque onze heures et la canicule nous terrasse. Nous avons hâte d’arriver à notre prochaine étape, Nant.
Nous avons réservée une chambre à l’hôtel des Voyageurs. Kristel de l’Office du Tourisme de Larzac et Vallées nous y rejoindra pour nous offrir un panier repas des produits du Larzac. Dès le X° siècle, les moines bénédictins assèchent ce site marécageux en créant un réseau de canaux qui parcourent encore le village et qui ont valu à Nant d’être appelé » Le Jardin de l’Aveyron . Je dois avouer que la promesse de fraîcheur de Nant nous motive à accélérer le pas dans la longue descente vers les rives du Durzon.
L’arrivée à Nant est somptueuse, bucolique, le GR chemine le long des petits canaux ( les Vernèdes). On aperçoit derrière les murets de magnifiques jardins. Entre Cause du Larzac et Causse Noir, le charmant village de Nant nous dévoile ses charmes : abbatiale romane, halles pittoresque, pont du XIVᵉ siècle…Surplombé par le fameux Roc Nantais, la petite cité invite à la flânerie.
C’est franchement fourbu qu’on se met à table grâce au magnifique panier repas offert par l’Office de Tourisme. Au menu : bière locale, fromage, saucissons, jus de pomme… On se régale ! Le Larzac, c’est aussi et surtout un véritable terroir gastronomique. Tous les produits proviennent de la boutique de produits paysans de Nant installé dans l’ancien Grand Café du village. La boutique regroupe une quinzaine de paysans ( ils tiennent d’ailleurs le comptoir à tour de rôle). Vous y trouverez des fruits et légumes, des fromages de brebis et chèvre, du miel, de la viande (bœuf, agneau, porc, canard), de la charcuterie, des œufs, de l’artisanat local, des huiles essentielles, des plantes aromatiques… mais aussi, en accord avec la vocation première du lieu: des vins, bières, spiritueux, jus, glaces et boissons diverses, à emporter ou consommer sur place. Kristel ne peut malheureusement pas prendre le temps de répondre à mes questions suite à un problème personnel. Elle me transmettra par la suite, les réponses audio à mes questions :
Que est l’héritage de la lutte du Larzac pour le tourisme ?
J’irai élever des chèvres dans le Larzac ? (vraiment ?)
Qu’as-tu envie de transmettre sur le Larzac ?
ETAPE 3 NANT/ LA COUVERTOIRADE 17KM D+512M
Nous quittons Nant très tôt, le marché s’installe à proximité des vieilles halles. Je tiens ici à remercier Pascale et son mari de l’hôtel des Voyageurs pour leur accueil chaleureux. Pascale que j’ai d’ailleurs sans doute tiré du lit ce matin-là, car juste avant de quitter le bourg, il a fallu faire demi-tour pour récupérer un téléphone oublié. Petit contretemps vite oublié tant le chemin est magnifique. Nous progressons au milieu des genêts et des herbes folles. Les étendus sont immenses et sauvages, l’un des plus beaux village de France est au bout du sentier, le périple est déjà inoubliable. Au hameau « Le Liquier », un point d’eau est offert aux randonneurs. Amis marcheurs, je te recommande de partir avec le plus d’eau possible, le plateau est karstique, il y a peu de possibilités de se ravitailler en eau.
Si d’aventure vous arrivez à pied, comme nous, depuis le haut du plateau du Larzac à La Couvertoirade, le majestueux vaisseau de pierre de 12 m de haut et de 400 m de long vous impressionnera par son côté défensif et absolument préservé. Les remparts du XVe siècle protègent la petite cité, vieille de plus de 800 ans. Des moines chevaliers (les Templiers) puis des moines soldats (les Hospitaliers) occupèrent les lieux. Une fois passés les remparts, on explore l’architecture traditionnelle caussenarde, l’église Saint-Christol construite dans le rocher et le château templier (privé).
Les Hospitaliers et les Templiers étaient deux ordres religieux novateurs créés au XIIe siècle à Jérusalem pour accueillir, soigner (les hospitaliers) et protéger les pèlerins (les templiers).
Nous avons rendez-vous, face au rempart, avec Solveig Letort. Guide et conférencière, elle fait découvrir le Larzac aux randonneurs et touristes. Pour reprendre les propos d’une interview sur France Inter, elle tâche d’apprendre « la marche intelligente », celle qui permet de d’explorer les paysages, la biodiversité et l’histoire de ce haut plateau du Massif central. Elle évoque donc, l’histoire des lieux notamment la lutte contre l’extension du camp militaire. Solveig était déjà là à cette époque : enfant, elle a vu ses parents militer. Solveig que j’avais découvert dans l’émission « Echappées belles » et auprès de Stéphane Bern dans l’élection du village préféré des français est également rédactrice au « Garderem Lo Larzac’ et auteur de plusieurs livres consacrés à la lutte (bibliographie et ressources en bas de l’article).
Nous voilà donc attablé au bistrot, les micros branchés à l’écoute de Solveig. L’entretien est passionnant, il vient compléter les précédents échanges et nous permet d’éclairer bon nombres de points et de bénéficier d’un nouvel angle. Ecoutez et rejoignez-nous dans les ruelles de la Couvertoirade sur les pas de la lutte et sur les chemins d’aujourd’hui.
Sur les conseils de Solveig, après un diner copieux et savoureux dans notre chambre d’hôtes, nous filons vers le moulin de Rédounel perché sur sa colline au sommet arrondi ( le Mont Rédoun). Solveig nous a glissé que le coucher de soleil vers 21 heures y était sublime. Le moment est magique. Le moulin restauré, inauguré en 2018 ( et qui est encore en cours de travaux si on en croit les échafaudages) se visite en période estivale. Sa rénovation a été effectué au plus près des techniques du XVII° siècle (plus d’info : ici). Autrefois, la cité possédait deux moulins, un érigé au couchant, un autre au levant ( celui de Rédounel). Le ciel s’enflamme sur le Larzac et sur les tours de La Couvertoirade. Nous entendons des clochettes, plus bas, un immense troupeau progresse dans le vallon. Nous décidons de le rejoindre. En bas, nous rencontrons Marc, berger itinérant, il garde plus de 1000 têtes, dont la moitié appartiennent à son fils. Les brebis grimpent jusqu’au Moulin pour rejoindre le village. Nous les retrouvons aux portes de leurs bergeries. Le soleil se couche sur le troupeau, le Larzac, terre d’agropastoralisme, nous offre un moment sublime.
ETAPE 4 LA COUVERTOIRADE/LA CAVALERIE 25KM D +374M
A La Couvertoirade, nous sommes logés à la chambre d’hôte « Les Mourguettes ». Au-delà de l’immense et très belle chambre, c’est un lieu à part ou règne poésie, littérature et humour. Pour une fois, malgré le fait que l’étape du jour est la plus longue du parcours, nous partons un peu plus tard pour profiter du somptueux petit déjeuner et de nos hôtes avec qui nous avons bien des points en commun ( dont la possession d’un chien au physique improbable venant de refuges espagnols).
Première pause au hameau de La Blaquerie. En arrivant à proximité de l’église, des habitants depuis leur voiture nous confient qu’il y a un point d’eau bénite ». Effectivement, nous bénirons cent fois le robinet accolé à l’église. Comme les jours précédents, nous souffrons de la chaleur. L’église du village abrite un mobilier étonnant : un billard. Remisé au fond de la sacristie, les statues semblent résignées ne plus être en esprit de sainteté. Après une erreur de parcours générée par une petite minute d’inattention de ma part ( j’enregistre mon podcast en marchant), nous effectuons un aller et retour de 2 km. Nous ne le savons pas encore, mais le soir, la montre affichera 47 000 pas ( et 37 km).
Je l’avais lu, elle est là, devant nous, cette ancienne voie ferrée qui reliait Le Vigan à Tournemire en escaladant les contreforts du Larzac. Construite à la fin du 19ème siècle, elle comptait 32 tunnels, 12 viaducs et plusieurs kilomètres de murs de soutènement. Fermée à tout trafic en 1952, la voie entre Avèze et l’Hospitalet est déposée en 1955. En 1960, on retire les rails entre L’Hospitalet et Tournemire, puis on décida de les remettre en 1977 dans le cadre du projet d’extension du camp militaire de La Cavalerie. Le projet étant abandonné en 1981, aucun convoi n’emprunta ce tronçon. Il est utilisé aujourd’hui par le Vélorail de Ste-Eulalie de Cernon.
Nous voilà donc « en train » de cheminer sur le tracée de la voie ferrée pendant 3 kilomètres. On oscille de droite à gauche, à la recherche de l’ombre. Il est midi, soleil quasiment au zénith. J’ai en tête l’image de Tintin qui soutient le capitaine Haddock dans « Le crabe aux pinces d’or ». Les mirages ne sont pas loin. Il faut se résoudre à aller jusqu’au village de l’Hospitalet-du-Larzac pour la pause déjeuner. Nous la prendrons à l’ombre des platanes de la place du village.
Nous arrivons enfin à La Cavalerie, un des cinq villages Templiers et Hospitaliers du Larzac. Il est 15 heures, nous rejoignons l’hôtel de la Poste à temps, car la réceptionniste s’apprêtait à fermer l’établissement jusque 17 heures. Nous nous reposons un bout de temps, effectuons quelques courses à la superette ( 3 km aller/retour !) et ratons la possibilité d’effectuer la visite du chemin de ronde et des remparts qui comportent des salles voutées et une collection de monnaies ancienne, le point de visite ayant fermé à 18 heures.
Nous nous promenons dans la vieille ville étrangement calme. S’agissant de la lutte, nous sommes dans le village qui abrite le camp militaire. Au restaurant, au supermarché, nous croisons des légionnaires. A l’époque, les habitants de La Cavalerie étaient très partagés, le camp militaire faisant vivre le commerce ( et le fait encore). J’avoue, sur le moment, avoir regretté de ne pas faire étape au joli village d’Eulalie-de-Cernon mais mon intention était de m’inscrire dans les pas de la lutte, alors pas de regrets, ce sera pour une autre fois. Pour me consoler, je sais qu’en chemin, le lendemain, nous irions à la rencontre du lieu le plus spectaculaire de la lutte, le Raja del Gorp.
ETAPE 5 LA CAVALERIE/SAINT GENIEZ DE BERTRAND 21 KM D+ 240M
En quittant La Cavalerie, on renoue avec les fameuses lignes droites du Larzac.
Comme je suis heureux de sillonner cette terre sur ces drailles rectilignes. Il reste encore deux jours sur le Larzac et déjà la nostalgie nous assaille. Est-ce par ce qu’aucune rencontre n’avait été prévue à La Cavalerie, est-ce la déception d’avoir manqué le tour des remparts ? Pour la première fois, nous quittons un village en ayant envie de rejoindre les sentiers. Le chemin longe un bois de pins d’Autriche pas ordinaire. En 1989, 1789 écoliers de Millau avaient planté là autant d’arbres de la liberté pour commémorer la Révolution française. De là où nous passons, nous n’entrevoyons que des rangées, il faudrait un drone, je m’en suis passé bien volontiers.
A quelques pas de là, le Raja del Gorp se dresse à l’horizon. Cette amphithéâtre naturel de 170 hectares est le symbole de l’histoire de la lutte et de la géologie du plateau. Ce chaos rocheux façonné par l’eau et le vent depuis 240 millions d’années est typique des paysages caussenards. On y arpente des pelouses sèches au milieu des buis et des genévriers.
C’est ici qu’en 1973, 60 000 personnes se regroupées pour marcher sur la bergerie de la Blaquière, c’est ici qu’une année plus tard, 100 000 personnes assisteront à un rassemblement immense.
Le temps me manque pour explorer le Raja. Je le contemple de loin, cette île de rochers aux formes fantasmagoriques. Je me souviens des mots de Léon pour évoquer cet endroit. » Des milliers de duvet bleus et oranges au petit matin brumeux » m’avait-il dit. Je me rappelle de son émotion quand il racontait les discours que chacun avait tenu face à la foule. En 2003, 300 000 personnes sont venues autour de l’altermondialisme.
Le Larzac est une terre de résistance, le Raja est sa forteresse.
Après avoir surplombé l’A75, nous recherchons un coin d’ombre. Il est midi, et après une matinée moins chaude que les autres jours, le soleil se fait de nouveau implacable sur les routes et chemins qui droit devant nous défient.
Le panorama est époustouflant. Le Larzac, dans un dernier souffle de vent, semble déployer toute la palette et l’étendue de ses paysages. Loin là-bas, il y a la Potensac, la Blaquière, le Cun.
A midi, nous nous arrêtons à la ferme fortifiée de Brouzes. Construit au début du XVème siècle, cet ensemble de bâtiments sera inhabitée et pillée de 1922 à 1970. En 1969, Elisabeth et Claude Baillon acquiert la ferme des Brouzes et la restaure. Ce couple a été très actif pendant la lutte. Claude Baillon, maître verrier a fabriqué les magnifiques vitraux de la petite église de Saint Martin-du-Larzac. La ferme est aujourd’hui classée aux Monuments historiques en tant que « Ferme fortifiée déployée en rectangle et composée de trois cours. »
Cette fois, nous sommes au bout du plateau. Il nous faut littéralement plonger depuis la corniche du Larzac vers le fond d’un cirque pour rejoindre notre étape du jour, Saint Geniez-de-Bertrand. La route est vertigineuse, aucun parapet ne la sécurise, les lacets s’enchaînent. Un véritable tobogan qu’il nous faut descendre et que l’on désespère de remonter le lendemain. Tout en bas, dans une mosaïque de champs de blé, le village et son château. La descente est interminable. Marcher sur le goudron est un supplice.
Pour cette dernière nuitée, j’avais prévu un hébergement avec piscine. Autant vous dire qu’en dévalant, nous n’avions que cela en tête. Causses et vallées vacances a tenu toutes ses promesses. Il y a eu un accueil extraordinaire de Thierry, la piscine et un coup à boire.
Après un peu de repos, nous décidons d’aller visiter le hameau. Après avoir déambulé dans les ruelles à la découverte du château qui domine les maisons de pierre, nous poussons la porte de l’église dont Thierry nous a confié les clefs. A l’intérieur, le temps semble suspendu. Tout est intact depuis des décennies, Don Camillo peut arriver à tout instant, prêt à nous passer un savon aux enfants de chœur que nous ne sommes plus depuis longtemps. Décidément, le Larzac est sacré.
Quelle belle soirée autour de l’aligot de Thierry ! Avec nous, un couple de retraités qui passent chaque année leurs vacances dans le Larzac qu’ils avaient découvert avec le documentaire « Tous au Larzac ». La lutte s’invite à table encore une fois. Thierry et un de ses amis racontent leurs services militaires au camp de La Cavalerie en 1982, un an après la décision de Mitterrand d’annuler l’extension.
Cela a été l’occasion d’évoquer une nouvelle fois la lutte à travers le regards d’appelés du contingent 1982 qui une fois incorporés étaient estampillés par les militaires comme des « paysans de là-haut ». Habitants de Millau, ils se souvenaient que souvent, on prenait ceux de là-haut comme une belle bande de hippies.
ETAPE 6 SAINT GENIEZ DE BERTRAND / MILLAU 13 KM D+ 400 M
Pour cette dernière étape, nous décidons de prendre notre temps, de profiter une dernière fois de l’accueil de Thierry, notre ange gardien car, sur ses conseils, nous avons pris un chemin de traverse pour rejoindre le plateau et éviter la terrible remontée par la route. Nous voilà donc sur un raidillon à l’assaut d’un ravin qui nous permet de retrouver le GR71D bien plus facilement. Ce ne sera pas notre seul infidélité au tracé d’origine. J’apprécie peu de revenir sur mes pas et cela me chagrinait un peu de redescendre à Millau par notre chemin d’arrivée. J’ai donc choisi de rejoindre le GR736 « Gorges et vallée du Tarn » après avoir marché en surplomb du sublime cirque de Boundoulaou. Une fois rentré, je découvrirais que ce sentier s’appelle le « chemin du facteur ». -Toujours se méfier des sentiers du curé ou du préposé de la poste, ces diables-là devaient avoir des mollets d’acier-.
Le GR736 est magnifique (quelle drôle d’idée pour le GR71D de s’enquiller sur cette terrible route goudronnée pour grimper sur le plateau !), nous longeons la corniche avec le viaduc en toile de fond. L’ouvrage culmine à 343 mètres (plus haut que la Tour Eiffel) pour une longueur de 2460 mètres. Son tablier métallique décrive une légère courbe au dessus de la vallée du Tarn. Avec ses haubans, cet immense voilier s’appuie au bord sur le Causse Rouge et au sud sur le Causse du Larzac.
Nous en profitons pour faire une petite séance photo pour le Topoguide la Fédération Française de Randonnée : « Tour du Larzac Templier-Hospitalier ». Cet ouvrage détaille plus de 20 jours de randonnée entre Millau et La Couvertoirade, au cœur du Parc naturel régional des Grands Causses en parcourant les GR® 71C et GR® 71D sur 4 ou 5 jours.
Avant de rejoindre le joli village médiéval de Creissels au bord du Tarn, nous nous arrêtons pour une large pause à l’ancien moulin de Tournal qui fut un haut-lieu d’affutage. A quelques pas de la grande cascade ( 23 mètres), nous posons les sacs au bord de l’eau.
Dans les ruelles pittoresque de Creissels, nous réalisons que nous sommes dans les derniers pas de cette itinérance. Nous longeons le Tarn pendant deux kilomètres pour découvrir Millau en fête, car ce sont les Naturals Games, un festival d’activités Outdoor. Des kayaks glissent sur le Tarn et nous invitent à prolonger l’aventure mais depuis le pont, nous nous résignons à accepter que ce soit la fin de notre escapade sur le Larzac.
Nous nous accordons un petit tour en ville après s’être délesté de nos sacs dans la voiture. Le Larzac nous manque déjà. Le Larzac a été pour nous, une terre de rencontres, de partages, de convivialité, d’aventures et d’ensauvagement. Marcher pendant des heures au milieu des cheveux d’ange sur les chemins bordés de murets de pierre, contempler des horizons infinis de steppe, traverser des hameaux préservés, arpenter des chaos rocheux, rencontrer les acteurs emblématiques de la lutte, pendant quelques jours, le Larzac a offert ce qu’il a de plus précieux : l’espace, le silence et l’âme et les valeurs de ceux qui ont combattu et combattent encore pour le Larzac vit et résiste.
Pierre-Marie Terral, Michèle Vincent, Léon Maillé, Christian Roqueirol, Solveig Letort, Renaud Maillé, Anne de l’éco camping du Larzac, Kristel de l’Office du Tourisme du Larzac et vallées, Thierry à Saint Geniez-de-Bertrand et tous les autres croisés en chemin.
Bonjour,
Y a t-il déjà eu à votre connaissance des problèmes liés à l’estive ( Patous ) ?
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