6 jours sur Compostelle au départ du Puy-en-Velay


La Via Podiensis, également appelée « la voie du Puy-en-Velay», est l’un des 4 chemins principaux en France, décrits dès le XIIième siècle, pour rejoindre Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. Elle débute au Puy-en-Velay pour atteindre les Pyrénées par le col de Roncevaux. Il s’agit de la voie la plus empruntée des chemins de Saint-Jacques en France. En 1970, la Voie du Puy-en-Velay du chemin de Saint-Jacques a été balisée par la Fédération Française de Randonnée Pédestre : GR®65.
Après une visite de la vieille ville et du rocher Saint-Michel d’Aiguilhe (payant), nous passons la nuit au Séminaire Saint Georges.
Etape 1, du Puy-en-Velay à Saint-Privat-d’Allier
Le grand départ du chemin se fait depuis la cathédrale. Chaque jour, du 1er avril au 31 octobre, une messe dédiée aux pèlerins y est donnée à 7h. Les sacs à dos s’empilent au pied des cierges. Dans l’assemblée, des australiens, des américains, des canadiens… A la fin de la cérémonie, une trappe s’ouvre au coeur de la nef et dévoile un escalier monumental.


J’accroche à mon sac une médaille et nous nous engouffrons vers le début de notre périple.
Rapidement, le sentier s’extirpe de la ville et arpente déjà plaines et coteaux du Velay. La pérégrination est joyeuse.
J’avais -je l’avoue- un peu peur de la fréquentation de Compostelle. Dès les premiers pas, elle ne se fait jamais ou peu sentir.
Sur les chemins, au fil des pas :
– D’où viens-tu ?
– Où pars-tu ?
– Pourquoi tu marches ?
On se croise et recroise.


Au loin, Notre Dame-de-France nous salue depuis son rocher. En cette fin mai, le chemin file entre les fleurs. A un croisement, un homme nous aborde. Il extirpe de sa poche un vieux carnet et nous conseille de ne pas passer par le tracé officiel mais par une variante qui passe par le village de Bains. Cet itinéraire serait -selon lui-, le « véritable » chemin de Compostelle. En ce début de matinée, la possibilité d’un sentier de traverse nous séduit, décision est prise de tenter l’aventure, un brin plus longue, mais parfaitement balisée.
Quelques mètres plus loin, un olibrius déboule en voiture et nous enjoint de ne pas écouter ce pauvre fou, sauf si nous avions envie de traverser des champs habités de vaches belliqueuses ! Nous n’y prêtons guère attention, la folie était déjà en chemin.
Derrière nous, personne ne suit. Nous voilà seuls à sortir du rang.


La piste est bucolique et malgré la chaleur qui nous assaille déjà, nous marchons à bonne allure vers le village de Bains. Bien nous en a pris, nous traversons de joli hameaux et à la sortie de l’un d’eux, un abri ouvert à tous nous accueille. A l’intérieur, le mobilier évoque la vie d’antan.
Après la pause méridienne à l’église de Bains, nous nous émancipons du GR qui se tortille un peu vainement en plein champs pour rejoindre le tracé officiel via les chemins noirs chers à Sylvain Tesson.
Le sentier s’élève ensuite et offre des panoramas sur les sucs volcaniques. Le Camino alterne ensuite entre chemins forestiers et villages en pierre.


Au loin, soudain, sur son éperon, Saint-Privat-d’Allier domine des gorges. Sur un parapet, notre première « bête du Gévaudan« . Nous sommes pourtant encore dans le Velay. Demain, on franchissant l’Allier sur le vieux pont Eiffel, en marchant vers Saugues, nous rejoindrons le vieux pays du Gévaudan que l’on appelle à présent La Margeride.
La Bête du Gévaudan
Entre 1764 et 1767, plus de cent corps — principalement des enfants et des bergères — ont été retrouvés la gorge ouverte dans les plis de la Margeride. Bien que l’affaire porte le nom du Gévaudan (l’actuelle Lozère), le terrain de chasse de la Bête couvrait une zone frontalière immense de plus de 40 lieues, à cheval sur plusieurs départements actuels : la Lozère, la Haute-Loire, et les franges du Cantal et de l’Ardèche
Il nous faut continuer un bon kilomètre encore vers notre gîte.
Etape 2 , de Saint-Privat-d’Allier à Saugues
Un sentier étroit bordé de l’or des genêts nous accompagne jusque Rochegude. L’édifice perché sur son rocher, domine le gouffre de l’Allier. Nous prenons le temps de grimper sur le nid d’aigle et de visiter sa chapelle romaine. Nous sommes sur le dernier belvédère du Velay Volcanique. Le site était un poste de guet stratégique, un verrou militaire qui séparait le Velay catholique du Gévaudan insoumis.



Nous plongeons ensuite vers Monistrol. Au Moyen Âge, le village était un passage redouté. L’absence de pont obligeait les pèlerins à s’en remettre aux passeurs d’eau et à payer un tribut incertain pour franchir un courant dont la moindre crue pouvait les bloquer des semaines. Il faudra attendre 1888 et la politique de désenclavement du Massif central sous la IIIe République pour que la modernité industrielle dompte enfin la rivière. Construite par les ateliers Eiffel de Levallois-Perret pour remplacer un vieil ouvrage en maçonnerie emporté par les eaux, cette structure en fer riveté sécurisa définitivement la route du Puy à Mende, jetant un trait d’union de métal entre deux mondes. (Wikipédia).


Sous le fer du pont métallique coule l’Allier, la dernière grande rivière à saumons d’Europe occidentale. Depuis l’océan Atlantique, ces migrateurs remontent près de mille kilomètres à contre-courant pour venir frayer ici. Voilà qui ramène à sa juste mesure, nos quelques kilomètres sur Compostelle…
A peine passée la rivière, la montée se fait rude, le goudron nous carbonise, on se hisse avec efforts jusque la Chapelle de la Madeleine creusée à même la falaise de basalte. Nous nous attardons pas, la porte est fermée, la chaleur accablante. L’ascension devient pénible, un sentier pierreux et raide nous dépose au coeur d’un bois.


Au croisement d’un chemin, le pain du Montagnard nous surprend depuis sa brouette. Depuis plus de dix ans, son créateur le propose aux pèlerins de passage, difficile de résister, on en glisse dans le sac.
Nous cheminons sur de longues pistes rectilignes, le paysage change doucement. Les premières vaches nous saluent. Après une longue descente, Saugues apparait soudain en contrebas. Des statues taillées dans des troncs, érigées au bord du chemin marquent la fin de notre étape.



Le soir nous voit déambuler dans les rues de Saugues, à la découverte de la Tour de l’Englesque et de sa merveilleuse église, la collégiale Saint-Médard. Sous le porche, des bénévoles tamponnent nos crédenciales.
Etape 3, de Saugues au Domaine Le Sauvage
Sur une clôture, dans un hameau : « Qui m’aime me suive, disait le vent ». Sylvain Tesson.



La piste est droite, le moral haut, la terre un peu basse quand on s’y penche à la faveur d’une pause. Parti tôt, l’allure est soutenue. Se profile devant, l’étrange tour de Cluzel. Posé à quelques encablures du chemin, ce donjon carré est un bloc de granit flanqué d’une tourelle d’angle.
Le chemin, sous un soleil au zénith semble s’étirer. Au loin, quelques fermes dispersées. A la sortie d’un hameau, à l’orée du bois, nous marquons une pause. Il nous reste un dernier effort pour atteindre le domaine du Sauvage .
Au bout d’une interminable piste forestière, le rideau des pins dévoile une immense clairière d’altitude balayé par les vents. Nous sommes à 1300 mètres d’altitude, le point culminant de notre chemin. Au loin, se dessine un vaste ensemble de bâtiments gris aux toits de lauze. Cette forteresse solitaire est sorti de terre au XIIe siècle. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, succédant aux Templiers, ont installé ici une domus, une grange monastique fortifiée pour sécuriser le passage des voyageurs et exploiter ces estives rudes.


Je fais quelques pas à l’écart du sentier pour rejoindre un buron. Ces vestiges pastoraux affrontaient les quatre vents et abritaient de mai à octobre, pendant l’estive, quatre hommes — le cantalès, le bédélier, le routard et le pâtre.
Aujourd’hui, le Domaine du Sauvage est devenu un grand gîte public géré par le Département. Les anciennes granges des moines abritent désormais une auberge et une structure d’accueil pour les marcheurs..
Dans l’immense salle à manger, aux poutres épaisses soutenues par des piliers de granit, on sert les produits des producteurs de la Margeride.
Etape 4 , du Domaine Le Sauvage à Aumont-Aubrac
Nous quittons le Domaine du Sauvage via un agréable sentier en sous-bois. Un peu plus loin, le chemin croise la fontaine Saint-Roch. Une niche abrite une statue du Saint, patron des marcheurs.
Au niveau du col de l’Hospitalet qui marque la frontière entre la Haute-Loire et la Lozère, nous visitons la Chapelle Saint Roch. A proximité, deux abris ouverts accueillent les pèlerins. Sur le cahier laissé là, un mot d’un accompagnant de l’association Seuil de Bernard Ollivier qui accompagne des jeunes en rupture.



L’aventure continue vers l’Aubrac. A l’entrée du village, un panneau évoque le « cimetière des fous ».
Dès le XIIe siècle, Aubrac accueillait les pauvres, les pèlerins et les esprits égarés. Le grand hôpital de montagne soignait les corps, mais servait aussi d’asile pour les aliénés que les familles abandonnaient à la montagne. Le cimetière des fous est le dernier vestige de ce huis clos d’altitude. « Entre ces murets de lave noire battaient les cœurs de ceux que « la tourmente d’hiver avait rendus fous, ou que le vide de l’estive avait vidés d’eux-mêmes.«
Après avoir été distrait par quelques vaches impassibles ( ou dubitatives), la fatigue nous rattrape et nous pèse. La piste qui mène à Aumont-Aubrac n’en finit pas. Cloué au sol par un soleil ardent, le pas devient lourd, le moral de plomb. On traque l’ombre, on vide les gourdes et tant bien que mal on avance.
Etape 5 , d‘Aumont-Aubrac à Nasbinals
Le chemin débute agréablement et divague enetre sous-bois et hameaux. A La Chaze-de-Peyre, l’église Saint-Pierre marque notre première pause avant la bascule vers les hautes étendues de l’Aubrac.
Un petit kilomètre plus loin, un petite chapelle de granit, sur son fronton, un coquille. Le chemin oblique vers Lasbros.



Sous nos pas, les paysages de l’Aubrac s’ouvrent largement. De part et d’autre de nos drailles, une steppe d’altitude, des pâturages immenses balayés par les vents, où paissent les vaches Aubrac aux yeux maquillés de noir. Le chemin s’étire, l’horizon s’étale, le regard se perd. Taillées dans le granit, des croix balisent la Via Podensis. A leurs pieds, souvent, le marcheur a déposé un caillou, un ruban…


Au Roc des Loups, un chaos de rochers granitiques monumentaux surgit au milieu de la steppe. Perché sur un monticule, ils semblent posés là pour guider le pèlerin.
Après un long ruban de bitume, nous enjambons le Bès qui prend sa source sur l’Aubrac. La rivière serpente dans les prairies et dessine des méandres argentés. Le contraste entre le vallon herbeux et l’aridité du plateau est saisissant.


Au hameau de Montgros, nous décidons de rejoindre la cascade de Déroc. Haute de 33 mètres,elle domine la vallée de la Gambaïse. Sous la chute d’eau, une grotte aux orgues basaltiques.


Le détour rallonge le parcours, mais le site est sublime. Nous gagnons Nasbinals via le GR670 ( Chemin de Stevenson) qui nous offre un parcours sinueux à travers champs sur des drailles bordées de murets de pierres sèches.
Nuitée chez Nada Aubrac, un Donativo : Les Donativo sont des gîtes avec des chambres en dortoir, et sont en « participation libre« . C’est-à-dire que chacun y met le prix qu’il peut.
Etape 6 , de Nasbinals à Saint-Chely-d’Aubrac
Derniers pas, derniers moments sur le Camino. Le chemin traverse les espaces infinis de l’Aubrac. Posé au bord du sentier, une cabane en bois. Etroite, elle bénéficie de large fenêtres vers les prairies.
Au hameau d’Aubrac, nous arrivons en Aveyron. Dans ce lieu, les vestiges de l’ancien hôpital-monastère médiéval et la célèbre Tour des Anglais, bâtie pour protéger les pèlerins des brigands.



La halte à la Maison de l’Aubrac est bien agréable. Un café, une visite dans la boutique et dans le musée et nous voilà reparti vers la descente vers Saint-Chely-d’Aubrac. Le sentier caillouteux, serpente à travers bois, longe des ruisseaux jusqu’à Saint-Chely-d’Aubrac.
Dans la navette du retour, je mesure le chemin parcouru et l’écart qui nous sépare de notre prochain aventure.
Ultreïa
ETAPES
| étape 1 | Du Puy-en-Velay à Saint-Privat-d’Allier | 23.5 km D+619 |
| étape 2 | De Saint-Privat-d’Allier à Saugues | 19 km D+633 |
| étape 3 | De Saugues au Domaine du Sauvage | 19.5 km D+550 |
| étape 4 | Du Domaine du Sauvage à Aumont-Aubrac | 28.2 km D+582 |
| étape 5 | D’Aumont-Aubrac à Nasbinals | 26.5 km D+463 |
| étape 6 | De Nasbinals à Saint-Chely-d’Aubrac | 17 km D+244 |
Traces GPX : https://www.openrunner.com/collections/486513-compostelle
HEBERGEMENTS:
| Grand séminaire St Georges |
| L’estaou Dompostelle |
| Le par ici |
| Le Sauvage en Gévaudan |
| La Ferme du Barry |
| NADA Aubrac |
LOGISTIQUE
Parking de la gare au Puy-en-Velay, Compostelbus pour la navette
DANS LE SAC
Pour le mois de mai ( très beau temps annoncé)


Sac à dos 45 L
3 tee-shirts ( 2 techniques, un en coton pour le soir)
1 veste polaire
1 Coupe-vent technique
2 shorts
1 pantalon randonnée
1 paire de sandales ( randonnée, TEVA)
Sous-vêtements
6 paires de chaussettes (une pour chaque jour !)
Buff et casquette
Bâtons de marche
2 gourdes dont une filtrante ( beaucoup de points d’eau sur cette section)
Lunettes de soleil
Drap de sac
Chargeur téléphone, batterie, lampe frontale
Trousse de secours
Couteaux, couverts
Serviette micro fibre + produits de toilette (un savoir shampoing solide)
Lessive en feuille + pinces à linge
Bouchons d’oreille ( pas pris et pourtant indispensables !)
Sachets ZIP (fruits secs, barres de céréales)
Poids : +/- 7 kg, sans l’eau
PLUS D’INFOS :
Toutes Les étapes de la Voie du Puy (GR65 ou Via Podiensis)
TopoGuide GR65 Fédération Française de Randonnée
Le guide ultime de Compostelle ( itinéraire, hébergement) : Le Miam Miam Dodo ( il existe une application)
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